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Le guide de l’auto-stop
Cet article est une sélection de textes publiés par Anton Krotov, traduits du russe et synthétisés par Alexandre Glasyrine. Menthol Drop a agrémenté le texte de remarques diverses et a retravaillé la traduction afin que les conseils d’Anton Krotov soient le plus accessible possible aux voyageurs francophones. Bestsellers en Russie, les livres d’Anton Krotov, qui sont pourtant des véritables bibles pour les voyageurs russes, ne sont toujours pas traduits en français. Cet article est donc particulièrement intéressant.
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1) Les différents types de route
Le plus souvent, les autostoppeurs se déplacent sur les autoroutes qui connectent les villes les plus importantes entres elles. Il y a moins de voitures circulant sur les routes régionales car le trafic y est moins dense. Cependant parfois, certaines routes régionales peuvent être aussi fréquentées que les grands axes nationaux.
Sur les petites routes, peu ou mal goudronnée, il y a peu de voitures et elles vont lentement. De plus, les voitures qui vont loin sont plus rares sur les réseaux secondaires, il vaut donc mieux stopper sur une autoroute pour pouvoir être pris rapidement et aller loin.
Le temps que l’on passe à attendre un lift est directement lié au nombre de voitures qui vont vous passer devant. Le chemin le plus rapide d’un point à un autre n’est donc pas le plus court à vol d’oiseaux, mais plutôt celui qui emprunte la route la plus usitée, même si cette route est plus longue. Pour aller vite, il vaut mieux faire 500 km en empruntant les axes majeurs de communication que 300 km en passant par les chemins de traverse.
Quand on voyage dans des pays où les infrastructures sont peu développées et où il n’y a pas de signalisation bilingue, il est nécessaire d’emporter des cartes ou des guides, afin de les montrer aux conducteurs, et leur faire ainsi comprendre où vous allez. Munissez-vous d’une carte locale, écrite dans l'alphabet autochtone, sinon les gens ne pourront pas la lire. Choisissez aussi une carte mise à jour, car dans certains pays les frontières changent, et le nom des villes aussi. C’est particulièrement important d’être au courant des changements de frontières pour toujours être en règle avec les autorités.
2) La science de l’auto-stop, l’anisotropie et la vague
Les grandes villes, les grandes métropoles sont comme des aimants, elles attirent les voitures deux fois par jour : le matin, quand les travailleurs partent au boulot, et le soir, quand ils rentrent chez eux. Au contraire, sur les routes qui sont perpendiculaires et qui ne mènent à aucune ville importante, la circulation n'est jamais très dense. Par exemple, l'influence de Moscou est nettement sensible à plus de 2 000 kilomètres alentour. Des villes comme St-Petersburg et Tcheliabinsk, et qui possèdent plusieurs millions d’habitants, forment leur propre zone d'attraction d’un rayon de 500 à 600 km. Les capitales de régions attirent le trafic de leur région, les chefs-lieux départementaux attirent vers eux le trafic de leur département, et les gros villages attirent le trafic de leur commune, etc.
En somme, un détour qui vous ferait passer par une grande ville accélérera votre voyage par rapport à la voie directe, même si celle-ci est « à vol d’oiseaux » deux fois plus courte. De cette manière, vous n’attendrez pas longtemps votre lift, et, au cas où vous restez bloqué, vous découvrirez une ville que vous ne connaissiez pas, ce qui est toujours une bonne chose !
La plupart des voitures, « la vague », sort des villes entre 7 et 9 heures du matin. Cette
vague est plus nette le week-end. Le mieux est de commencer à stopper vers 6h30, un peu avant la vague, qui se déplace autour des 60 km/h. En suivant cette vague, vous pourrez faire dans la
journée 500 à 1 000 km depuis Moscou, et 300 à 600 km au départ des autres métropoles. Il y a aussi une petite vague le soir, entre 18h et 19h30. Plus on avance dans le soir et dans la nuit, plus
l’autostop devient difficile. C’est entre 1h et 5h du matin qu’il y a le moins de voitures. Le point d'équilibre se situe vers 3h50, quand le nombre
de ceux qui se lèvent égale celui de ceux qui s'endorment. Apres 4 heures du matin, l'autostop devient beaucoup plus facile.
A l’intérieur des villes
Le stop en zone urbaine est inutile, et très difficile. D’autant plus que les transports publics des villes sont peu chers. Le mieux est donc de prendre un bus local pour une rocade d’autoroute, à l’entrée des villes, sur les périphériques.
3) La position
C'est le choix de la place qui détermine le succès et la vitesse du voyage en auto-stop ! Les stoppeurs russes ont élaboré toute une théorie sur les "positions". Une bonne position est un lieu où:
1) Les voitures roulent le moins vite possible
2) Les conducteurs redoublent leur attention et ils vous voient de loin
3) Leur attention n'est pas attirée par quelque chose d'autre
4) Il est facile pour eux de s'arrêter et de redémarrer.
Par exemple, les bonnes positions sont:
- 20-30 mètres après les feux, à la sortie des villes, juste après un poste « DPS » (Service du Patrouille Routier Russe),
- Après un défaut de chaussée qui oblige les conducteurs à freiner
- Au sommet d'une colline,
- A la fin d'un virage assez serré où les conducteurs doivent freiner un peu (cette position n’est pas recommandée en hivers, lorsque que les routes sont glissantes!)
- Juste après une fourche
- Après un feu de signalisation, sur une rocade à l’entrée d’une autoroute
- Juste après un passage à niveau
Surtout, ne stoppez pas devant ces endroits, mais bien après. Sinon les conducteurs vont regarder l'obstacle et ne feront pas attention à vous.
Les bonnes positions
sont rares. Pour les trouver, il faut marcher quelques kilomètres. Il ne faut pas hésiter à descendre des voitures 20, 30 et même 50 kilomètres avant l’endroit où elles sont censées vous emmener,
et ce particulièrement si vous venez de croiser un endroit idéal pour aller plus loin encore ! Ce conseil est très important, il peut vous faire
économiser des heures, voir des jours. Si une voiture vous dépose en centre ville, vous allez devoir repartir à pied vers la périphérie où sont les grands axes de communication. Il vaut donc
mieux se faire arrêter plus tôt mais dans un meilleur endroit pour continuer à suivre votre itinéraire.
Une des meilleures stratégies consiste à se poser dans un coin idéal et de ne prendre que les
voitures qui vont loin. Bien sur, ce n’est pas toujours possible de trouver un bon spot pour un lift.
Si vos êtes dans un mauvais endroit, prenez n’importe quelle voiture pour trouver une meilleure position (peut être n’est-ce qu’au détour d’un
virage, quelques kilomètres plus loin ? Si peu de voitures passent sur votre route, prenez un lift pour l’autoroute la
plus proche. Si, malgré que la position soit bonne, aucune voitures ne s’arrêtent, il se peut qu’un ou deux kilomètres plus loin, la route fasse une fourche, ou qu’il y ait un péage. Il faut
alors marcher pour trouver un meilleur emplacement et commencer à faire du stop efficacement.
Une mauvaise position c’est, par exemple, être sur une longue ligne droite sans obstacle. Le conducteur n’a alors que quelques secondes pour comprendre ce que vous faites sur la route. Il n’aura pas le temps de vous « apprécier » correctement ni de se décider à vous faire confiance en accueillant un parfait étranger dans sa voiture. De plus, d’un pont de vue psychologique, quand son véhicule a pris de la vitesse, un conducteur est moins enclin à ralentir ou à s’arrêter. Sur les routes, tous les conducteurs sont pressés, c’est bien connu ! Vous pouvez donc très bien rester des heures sans avancer malgré un flot constant de véhicules, alors que 500 mètres plus loin, vous seriez partis en quelques minutes.
Les pires positions sont :
- Une longue route toute droite sans obstacle
- Sur une pente, particulièrement les forts dénivelés
- A coté d’un sens interdit
- Sur un pont
- Sous un pont (on ne vous verra pas à cause de l’ombre)
- Sur un tremplin
- Dans un tunnel
- En zone urbaine, à l’intérieur des villes
4) Comment faire signe ?
Au cours des 3 à 5 secondes que la voiture va passer près de vous, arrangez-vous pour déjà mettre en place une communication entre le conducteur et vous. N’hésitez pas à faire des gestes ou des mimiques. Il ne faut pas s’adresser de façon trop impersonnelle aux conducteurs qui vous passent devant, il faut éviter de rester sans bouger à tendre le pouce. C’est aussi à l’autostoppeur de choisir son véhicule, et de faire comprendre au conducteur que c’est à lui, et particulièrement à lui, que vous demandez de l’aide. Vous partirez ainsi beaucoup plus vite. La confiance en soi et le sourire sont deux qualités indispensables du voyageur.
Le signe européen du pouce en l’air n’est pas très utilisé en Russie. On va malgré tout comprendre ce que vous voulez, mais les russes font différemment, ils se contentent de lever et d’agiter leur main ouverte. En Australie, on montre le sol avec son doigt, en Afrique, on fait des vagues avec le bout du bras, etc.
L’emploi de la pancarte n‘est pas très courant non plus. Quoi qu’il en soit, une pancarte ne remplacera jamais un bon emplacement ! Et puis une pancarte n’est pas toujours utile. Si les conducteurs roulent vite, ils n’auront pas le temps de la lire. Et puis vous voudriez écrire quoi sur cette pancarte ? Si vous écrivez le nom d’une ville assez proche, les voitures qui vont loin vous ignoreront, si au contraire vous écrivez le nom d’une ville lointaine, il y a très peu de chance que vous trouviez une voiture qui y va directement ! Viser une étape à 500 kilomètre vous fera donc passer à coté de toutes les voitures qui ne vont qu’à 200 bornes par exemples. Il voudrait donc mieux indiquer trois villes successives espacées de 200 kilomètre plutôt qu’une seule à plus de 500… Quoi qu’il en soit, les "sages", c'est à dire les maîtres reconnus de l’autostop, n'emploient presque jamais de pancarte. La seule situation où une pancarte peut vraiment être utile, c'est lorsque quelques kilomètres plus loin, la route fait une fourche, les conducteurs sont ainsi informés de votre direction. La pancarte est un élément très exotique en Russie (comme l’autostop sur de longues distance d'ailleurs), elle sert plus à provoquer la curiosité des conducteurs qu'à les informer de quoi que ce soit. En tout cas, une pancarte ne vous fera pas avancer plus vite. Attendez plutôt qu’une voiture s'arrête et choisissez alors de la suivre, ou non, en fonction de son itinéraire.
5) Faire du stop de nuit
La nuit, les routes russes ne sont la plupart du temps pas éclairées. Un conducteur qui roule à plus de 60 kilomètres à l'heure ne vous remarquera pas dans la lumière de ses phares, surtout si vous portez des vêtements sombres. La nuit, le risque d'être écrasé augmente fortement ! Enfin, la nuit, le trafic routier baisse énormément, ce qui peut être un obstacle compensé par le fait qu’on roule plus vite et qu’on s'arrête plus souvent. Parfois même, le stop de nuit peut être même plus efficace que de jour !
La première chose à faire est de stopper à une position éclairée. Par exemple, à la sortie des villes, où il y a encore des réverbères. Il n’y a pas de meilleure position que le poste DPS: il a toutes les qualités d’une position idéale et la nuit, ils sont presque toujours éclairés. Les passages à niveau sont aussi souvent éclairés. Comme cet éclairage n’est jamais trop fort, il faut porter des vêtements plutôt clairs ou de couleurs vives.
Ensuite, et la Ligue de l’Auto-stop de Saint-Pétersbourg le préconise, il faut se fabriquer un costume spécial, avec sur les manches, la ceinture, les épaules et en en bas du pantalon des bandes spéciales qui reflètent la lumière des phares (ce matériel est employé pour l’uniforme des ouvriers autoroutiers, qui est d'un jaune très vif.) Le jour, la couleur provoquera la curiosité des conducteurs, et la nuit ils verront un être fantastique, brillant comme un fantôme de feu!
On peut bien sûr stopper sur une route sombre sans avoir recours à un tel équipement. Il vous faudra alors une petite lampe de poche et un réflecteur de vélo (un jaune ou un blanc valent mieux qu’un rouge). La lampe de poche fera des signaux clignotants, et signalera votre présence aux voitures qui viennent de loin, et le réflecteur, que vous tiendrez dans la main droite, fera signe quand le conducteur s'approchera.
La nuit, plusieurs conducteurs prennent des passagers de peur de s’endormir. Parfois le stoppeur doit saisir le volant ou même secouer le chauffeur endormi (en sauvant sa vie et la sienne!) Si on vous prend de nuit, NE DORMEZ PAS DANS LA VOITURE, dormez plutôt le jour. Si vous vous endormez, le conducteur sera poussé à faire de même ! Il attend au contraire que vous le teniez éveillé ! Soutenez donc la conversation, car la nuit, les heures sont longues quand on s’ennuie.
6) La langue et l’attitude à employer avec les gens
En Russie, ce ne sont presque qu’uniquement les jeunes et les adolescents qui parlent un peu anglais, car c’est une matière obligatoire à l’école et à l’université. Les adultes, en règle générale, ont par contre oublié leurs petites notions d’anglais scolaire. En ce qui concerne le Français et toutes les autres langues, il est à peu près impossible de rencontrer sur la route ou dans les rues, une personne qui les parle. D’ailleurs, un vrai autostoppeur sait bien que tout peut s’expliquer par les gestes, les mimiques, les dessins, etc.
7) Payer le ride ?
L’autostop russe a vécu sa deuxième naissance avec les crises économiques de la perestroïka. C’était l’occasion de voyager gratuitement alors que tous les autres moyens de transport sont devenus inabordables pour l’immense majorité de la population (et jusqu’à aujourd’hui, cela n’a pas changé). C’est pourquoi on ne considère comme autostop que les déplacements absolument gratuits. L’autostoppeur russe explique à chaque conducteur qui s’arrête qu’il n’a pas de quoi payer et il ne monte jamais dans une voiture où on le lui demande. Je vous conseille de faire de même, et ainsi vous pourrez ne dépenser en Russie que 20 à 30 dollars par mois (seulement pour la nourriture) !
Il arrive parfois que le conducteur croit le payement si naturel qu’il n’en dit pas un mot à l’autostoppeur. Pour ne pas se retrouver dans une situation désagréable à la fin de votre lift, quand il se mettra à exiger que vous le payiez, éclaircissez TOUJOURS ce point avant de monter. Parfois, tout en vous laissant sortir, le conducteur "oublie" ce que vous lui aviez dit et vous demande de « lui payer un peu l’essence ». Dans ce cas, les autostoppeurs russes refusent fermement, pour ne pas trahir les principes du Voyage Libre. Cela arrive rarement aux russes, mais pour un étranger, il est possible que ce soit une arnaque fréquente, comme tout le monde sait que les européens sont « extrêmement riches ».
Veillez absolument à ce que vos papiers soient en ordre. Dans le cas contraire, les policiers
pourraient recourir à des méthodes très dures. Les détentions arbitraires et même les passages à tabac sont aujourd’hui, hélas, une chose tout a fait habituelle en Russie. Occasionnellement, les
policiers se servent de leur pouvoir pour extirper de l’argent aux citoyens auxquels ils reprochent la
moindre infraction. Les « lois » ou les « ordres », bien souvent parfaitement absurdes, sont le fait du zèle des pouvoirs locaux. En tout cas, la meilleure chose à faire avec
eux est d’obéir, de parler calmement, et de satisfaire leur curiosité (les flics s’ennuient, et ils vous abordent souvent sans intention précise, juste pour se distraire.)
Enfin, habillez-vous discrètement. Vos habits doivent donner l’idée qu’on n’a pas grand-chose à vous voler. Vous devez avoir l’air d’un pauvre étranger un peu fou avec lequel il peut être intéressant de causer et peut-être de l’aider de quelques manières que ce soient.
L’attitude des gens est en général bienveillante. Envers les autostoppeurs, les russes sont à la fois étonnés et curieux et ils ne sont pas habitués à l’idée de l’autostop au long cours et des très longs voyages à l’arrache).
8) L’hébergement
Hors des villes, il est possible de planter la tente n’importe où, car en Russie, la plupart des terres appartiennent à l’état. Des lois assurant la liberté de jouissance de la nature existent aussi en Ecosse et en Scandinavie, mais il est au contraire très difficile de vivre sauvagement aux Etats-Unis par exemple, où la plupart des terres sont des propriétés ou des réserves naturelles strictement contrôlées. Planter sa tente dans les campagnes est pour l’auto-stoppeur le meilleur moyen de passer la nuit sur la route.
Plus loin vous êtes loin des grandes villes, plus vous pourrez compter sur l’hospitalité des locaux.
Dans les campagnes, il faut tout simplement demander aux gens du village de passer la nuit chez eux (une tradition d’accueil et de solidarité est particulièrement vivace en Sibérie). On peut
aussi dormir dans les gares, la plupart ne ferment pas. Les salles d’attente sont un lieu traditionnel pour les routards de passage en ville, mais parfois on peut vous demander de présenter le
billet pour
le train que vous êtes censer « attendre ». Les logements étudiants des universités
peuvent aussi être une bonne idée. En été et pendant les vacances, les chambres sont vides. Quand aux squats, s’ils ne sont pas trop craignos mais plutôt ouvert d’esprit, ils peuvent être des
endroits intéressants pour passer la nuit.
Dans les grandes villes, on peut aussi rechercher les lieux de réunions des jeunes non-conformistes, par exemple les amateurs du rock’n’roll, les hippie, les punks, etc. Faites connaissance avec eux, parlez de vos voyages, et expliquez que vous ne savez pas où passer la nuit. On va vous inviter tout de suite, c’est presque obligatoire. Pour trouver ces gens-là, demandez aux jeunes dans les rues. Enfin, on peut demander aux prêtres s’il est possible de passer la nuit dans l’église. Les orthodoxes peuvent loger dans les monastères, ce qui est parfois possible pour les non-orthodoxes (athées).
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Anton Krotov
(krotov_avp@mail.ru et antonkrotov@yahoo.com)
Alexandre Glasyrine
Menthol Drop
(menthol.drop@gmail.com)
Ce texte correspond au texte original d’Alexandre Glasyrine, composé sur des traductions d’Anton Krotov. Ce texte a été normalisé par Menthol Drop, qui a rajouté librement certaines informations qui lui semblaient complémentaires.
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